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la tulipe au visage
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À travers des temps partagés de sensibilisation à la flore sauvage,
l’association La tulipe au visage invite chacun·e à cultiver sa curiosité,
à éveiller ses sens et à se relier au monde vivant.



La tulipe au visage, qu’est-ce que c’est ?



Je crois que nous avons tous fait alliance, à un certain moment de nos premières années, avec le peuple des champs, et l’entreprise est vaine de vouloir enseigner les herbes quand elle ne trace pas un chemin qui aide d’abord à les retrouver.

Pierre Lieutaghi


Nous sommes convaincu·es qu’au stade où en est notre société, les gens sont avides de renouer des liens avec le reste du vivant, de se construire un monde plus à portée de main, moins solitaire, plus harmonieux. Plus il y aura de propositions diverses et visibles, plus ces gens passeront à l'acte, parleront de ça à leurs proches, viendront à la rencontre de la nature, retrouver l'écho qu'il y a entre ce qui grouille dans leur bide et ce qui grouille autour d'eux, hors du désert biologique des villes.

En produisant initialement les « conférences itinérantes » de Guillaume Thiollière, fruit de son parcours artistique, de ses recherches personnelles et de son rapport au monde végétal, l’association La tulipe au visage fait un premier pas sur ce chemin. Par la production de spectacles, temps privilégiés où le partage est une consécration, l’association entend faire de la compagnie des plantes un appui pour aider chacun·e à réveiller sa curiosité, à sortir de sa solitude humaine, à s'ouvrir au monde qui nous entoure.

Elle poursuivra son action de compagnie de spectacle vivant, guidée par de multiples objectifs pédagogiques, artistiques, spirituels, éthiques et politiques. (lire le manifeste).



« La tulipe au visage », ça veut dire quoi ?



Le printemps a lavé la tulipe et ta joue.
Lève-toi, tends ta main vers le verre de vin,
Car l’herbe d’aujourd’hui sur laquelle tu joues
Poussera sur tes os et ta cendre, demain.


Omar Khayyām


C’est une image qui fut couramment utilisée dans la poésie persane, turque et arabe du Moyen-Âge. « la tulipe au visage », « la joue comme une tulipe », cela fait allusion à ce que nous appelons rougir, qui peut être signe de timidité, de désir, de légère ivresse, et devient aussi manifestation de la  vie intérieure, de la beauté, métaphore de leur caractère intense, fragile et éphémère. Dans les quatrains d’Omar Khayyām, cette image nous suggère même d’aller jusqu’à regarder la végétation comme une manifestation presque cannibale du cycle de la vie et de la mort…


Le brin d’herbe qu’on voit sur le bord d’un ruisseau
Fut un jour le duvet d’une joue angélique.
Garde-toi de fouler cette herbe, pauvre sot :
Songe qu’elle a connu l’éclat de la tulipe.

On me fit le visage avenant, la joue pleine,
Teint de tulipe et corps du cyprès de la plaine.
Qui me dira pourquoi, dans son vaste atelier,
Pour moi l’éternel peintre a pris autant de peine ?

Si tu dois boire, que ce soit avec des sages,
Ou un garçon rieur, la tulipe au visage.
Ne bois pas trop, ni en public, ni tout le temps,
Mais qu’un peu de boisson soit ton secret usage.


Le choix de ce nom doit nous inviter à ne pas considérer la plante seulement comme objet d'étude, ou comme objet d'usages, mais comme un être vivant dont on fait la rencontre, avec qui on noue des liens, qui suscite chez nous des émotions, qui est liée à des souvenirs, qui devient, comme chez Khayyām, le miroir de nos pensées, de nos préoccupations, le jalon familier d'un monde à portée de main et de compréhension, le nôtre, auquel on appartient plus qu'il ne nous appartient.

Le rouge au visage, présence d'une émotion, rencontre inattendue, bouleversante, rencontre importante, touchante, et non pas seulement intérêt de l'esprit, ou ressources et outils à gérer. Un avertissement : la vie, belle et immédiate, est aussi courte, fragile, incompréhensible. Mais aussi un encouragement à se laisser émouvoir par ce qui nous entoure : une fois abandonnée l'idée de se saisir de la plante, on pourrait même se laisser saisir par elle…


Ennivre-toi, Khayyām, et tu seras heureux,
Jouis d’une tulipe en fleur, et sois heureux.
Puisque ce monde court au néant, imagine
Que tu n’es plus, et tant que tu es, sois heureux.


Omar Khayyām, mathématicien, astronome et poète persan mort il y a environ 900 ans, a laissé un grand nombre de quatrains qui ont traversé les siècles sans cesser de nous concerner. Ils sont cités ici dans les traductions de Jean Malaplate ou Vincent-Mansour Monteil.



Qui œuvre dans cette association ?



La direction artistique est assurée par Guillaume Thiollière. Né en 1985 à Saint-Romain-les-Atheux, il habite Saint-Étienne, et crée actuellement des formes entre conférences et spectacle itinérant qui questionnent le lien entre les plantes sauvages et les êtres humains.
Il a joué et créé dans les décennies précédentes, en tant que musicien accordéoniste et compositeur, avec de nombreux groupes de musique et compagnies de spectacle vivant, notamment la compagnie de cirque et de musique Akoreacro, et le collectif de musicien·nes Roulotte Tango.

L’association est administrée par un collège de bénévoles attentif·ves et compétent·es : Amna El Batrawi, Axel Cimiterra, Clémentine Crozet, Djamila Zeghbab, Ibrahima Diaby, Ophélie Fuxa, Yoann Coste et Yusha Ly.
Ces conseiller·es participent à de nombreuses autres aventures à Saint-Étienne ou ailleurs :
- La Laverie, brasseuse d’arts de rue
- Les 87 revenchards, « faites des films, sinon ils les feront »,
- Unis Cités, un service civique en équipe, et dans la diversité
- La Comédie de Saint-Étienne, centre dramatique national
- Compagnie Paraboles, de la parole ! du spectacle vivant
- DJ Pudding, le pudding c’est la vie
- Radio Tutti & Barrilla Sisters, musiques traditionnelles des suds
- Éditions Hyphe, publication de mémoires d’écoles d’art

Le logo, les illustrations et les programmes sont l’oeuvre de Domizia Tosatto.

Le site web est programmé et administré par Hugo Reviron.



Pourquoi les plantes ?



Dans un monde où tout est fait pour l’homme, il se pourrait qu’il n’y ait plus de place pour l’homme.

Romain Gary


Les plantes sont là. La plupart du temps, nous les ignorons. Dans l’introduction de son Éloge des plantes, Francis Hallé propose : « Les plantes nous seraient à la fois trop familières et trop étrangères pour nous inspirer la sympathie et l’admiration qu’elles méritent. » Notre vie est remplie de préoccupations plus urgentes : les plantes semblent être là pour toujours, elles attendront demain… Il faut dire aussi qu’elles sont discrètes : notre attention a tendance, c’est plus facile, à se porter d’abord vers les choses qui se manifestent par leur mouvement, par leur bruit : un animal, une chanteuse, un torrent, un éclair. Guillaume Thiollière souhaite proposer au public, en le suivant à la rencontre des plantes sauvages, de réveiller nos capacités d’observation qui furent pour des milliers de générations de nos ancêtres un plaisir, un jeu, autant qu’une nécessité :

« Ma formation botanique, ethnologique, philosophique, pédagogique, etc. n’est pas celle d’un spécialiste. Une chose m’anime avant tout dans l’idée d’emmener les autres à la rencontre du vivant : j’ai à cœur de partager avec mes semblables et en compagnie des plantes la curiosité, l’enthousiasme, la confiance et la paix qu’elles m’inspirent. Je souhaite inviter dans nos discussions tous ces domaines, dans la plus grande spontanéité, et peut-être dans le plus grand désordre ! »

« J'apporte surtout du rêve... Et c'est exactement ce qui m'intéresse de partager. Je veux que les gens retrouvent le goût des questions. Le goût de chercher. Le courage d'accueillir toutes leurs impressions. La compagnie des plantes n'est pour moi qu'un appui, ç'aurait pu être autre chose, les animaux, les pierres, les nuages, les étoiles, mais voilà, il se trouve que dans mon histoire d'enfant et d'adulte, ce sont les plantes qui ont joué un rôle particulier. Ce sont elles qui m'ont choisi plus que je ne les ai choisies. »



Pourquoi s’intéresse-t-on aux plantes ? La première chose qui vient à l’esprit de la plupart d’entre nous, quand il est question des plantes, c’est de s’en servir. L’humain est comme ça, il voit des aliments, des remèdes ou des outils partout ! C’est peut-être un peu trivial, mais s’intéresser aux usages pratiques des végétaux qui nous entourent est souvent la première porte vers une rencontre plus libre, plus désintéressée, plus considérante. Avant de retrouver l’alliance dont rêve Pierre Lieutaghi, tentons, en partageant nos connaissances et nos questions en marchant, de tracer un chemin qui aide à les retrouver.

Les plantes existent hors de l’eau depuis bien plus longtemps que nous, les animaux, et elles ont eu le temps de s’adapter à leur milieu et de le modeler. Quand nous sommes sortis de l’eau, nos interactions avec elles ont été immédiates, variées et essentielles : nourriture, remède, habitat. Nous les humains n’avons fait depuis que raffiner ces usages premiers : construire, s’habiller, se chauffer, cuire, s’éclairer, etc. Mais ces interactions ne s’arrêtent pas à cela : nous avons parlé de la plante objet d’étude, de la plante objet d’usages. Cheminant entre le désir de comprendre et celui d’utiliser, nous tenterons de mener nos pas hors de ces relations de sujet à objet, jusqu’à la lisière de questions plus philosophiques, où la plante apparaît à son tour comme un sujet, vivant sa propre vie pour elle-même.

Que peut nous apporte l’amitié avec les plantes ? Pourquoi nous intéresser aux plantes ? Les reconnaître, les classer ? Pour s’en servir, bien sûr, mais aussi tout simplement parce qu’on aime ça ! Pour le bonheur que nous procure cette rencontre, depuis des millénaires toujours recommencée. Observer, décrire, chercher à comprendre, à écouter ce qui nous entoure depuis notre naissance jusqu’à notre mort sont des actes créatifs par lesquels on parvient petit à petit à se construire un monde à notre échelle, notre propre univers, dont les éléments et les liens sont à portée de compréhension, à portée de main. Un monde complice, dont on fait partie, auquel on appartient peut-être plus qu’il ne nous appartient. Grâce à cette mise en lien de l’univers, tissée jour après jour, on comprend, et mieux : on a plaisir à comprendre.